Le son de la détresse : les scientifiques découvrent que les plantes émettent des « cris » ultrasoniques

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Pendant longtemps, le monde botanique a été perçu comme silencieux. Cependant, une recherche révolutionnaire publiée dans la revue Cell a révélé que les plantes sont loin d’être silencieuses. Face au stress environnemental, de nombreuses plantes émettent des sons ultrasoniques distincts, un phénomène qui suggère une couche cachée de communication acoustique au sein de nos écosystèmes.

La découverte des signaux aéroportés

Alors que les scientifiques ont déjà détecté des vibrations ultrasonores dans les tissus végétaux, cette nouvelle étude de l’Université de Tel Aviv prouve que ces sons sont aéroportés. Il s’agit d’une distinction cruciale ; si le son voyage dans l’air, il peut être intercepté par d’autres organismes vivants.

À l’aide de microphones spécialisés, les chercheurs ont surveillé les plants de tomates et de tabac soumis à deux types spécifiques de stress :
Déshydratation : Retenir l’eau pendant plusieurs jours.
Dommages physiques : Couper les tiges des plantes.

Les résultats ont été frappants. Alors que les plantes saines restaient largement silencieuses, les plantes stressées émettaient des éclats rythmiques de clics et de pops, semblables au bruit d’un papier bulle qui claquait. Ces sons atteignent des volumes de 60 à 65 décibels, comparables à une conversation humaine normale, mais se produisent à des fréquences beaucoup trop élevées pour que l’oreille humaine puisse les détecter.

Décoder le langage du stress

Pour donner un sens aux données, l’équipe de recherche a utilisé des algorithmes d’apprentissage automatique pour analyser les modèles acoustiques. La technologie a permis de réaliser plusieurs exploits remarquables :
1. Identification de la cause : Le système pouvait faire la distinction entre une plante qui avait soif et une autre qui avait été physiquement blessée.
2. Reconnaissance des espèces : Cela pourrait faire la différence entre les sons spécifiques émis par les plants de tomates et ceux des plants de tabac.
3. Alerte précoce : En cas de déshydratation, les plantes ont commencé à « cliquer » avant l’apparition de signes visibles de flétrissement, culminant environ cinq jours après le début de la sécheresse.

Bien que le mécanisme exact reste un sujet d’étude, les chercheurs soupçonnent que les sons sont causés par une cavitation, un processus par lequel des bulles d’air se forment et éclatent dans le système vasculaire interne de la plante.

Pourquoi c’est important : les “écoutes” écologiques

Le fait que ces sons soient aériens soulève de profondes questions évolutives. Si les plantes « parlent » grâce aux ultrasons, qui écoute ? Cette découverte suggère un réseau complexe d’interactions biologiques :

  • Prédateurs et pollinisateurs : Un insecte à la recherche d’un endroit pour pondre ses œufs, ou un animal à la recherche de nourriture, peut utiliser ces sons pour localiser une plante vulnérable ou riche en nutriments.
  • Communication de plante à plante : Comme on sait que les plantes réagissent aux vibrations, les plantes voisines peuvent « entendre » la détresse d’un pair et déclencher des défenses biologiques ou ajuster leurs niveaux de nectar en prévision des changements environnementaux.
  • Innovation agricole : Cela offre une énorme opportunité pour une « agriculture intelligente ». En utilisant des capteurs acoustiques, les agriculteurs pourraient surveiller l’hydratation des cultures en temps réel, en appliquant de l’eau uniquement lorsque les plantes « signalent » qu’elles ont soif, optimisant ainsi les ressources et augmentant les rendements.

“Le fait que les plantes émettent ces sons ouvre une toute nouvelle voie de possibilités de communication, d’écoute et d’exploitation”, note le co-auteur principal Yossi Yovel.

Conclusion

Cette recherche transforme notre compréhension de la biologie végétale d’une existence passive à une existence active et acoustique. Alors que les scientifiques cherchent à déterminer quels animaux et quelles plantes écoutent ces signaux, nous sommes obligés de reconsidérer le « silence » de la nature comme une simple limitation de nos propres sens.